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 Blog de Michèle Bayar

Blog de Michèle Bayar

Littérature, jeunesse, ateliers d'écriture,cinéma, humeur

Un article paru dans Le Funambule, web magazine de l'association Autour des Auteurs

 

Soleil et ombre, par Michèle Bayar

À propos de L'Étranger, BD de Jacques Ferrandez d'après l'œuvre d'Albert Camus

plancheLe titre s’affiche en rouge sur le ciel pâle d’une première de couverture où Meursault marche sur la plage sous un soleil de plomb. Seul. On peut lire sur la tranche : Camus/ Ferrandez. Cette double paternité n’est pas usurpée. Vu par Ferrandez, Meursault se montre solitaire et indifférent jusqu’à la complaisance. La terre et la mer sont là, en contours floutés par la trop vive lumière, en toile de fond à peine réelle, contrepoint à l’errance du personnage.
Sûrement l’absence de sensualité dans les images qui m’a fait rechercher un livre publié de Maïssa Bey (éditions Chèvrefeuille étoilée) : L’ombre d’un homme qui marche au soleil, réflexions sur Albert Camus. Elle y écrit, citant l’auteur : « Nous, êtres sociaux, civils, si policés, si prompts à nous émouvoir des excès de langage et des outrances de l’autre quand il ne partage pas nos idées, savons bien avec Camus « qu’il y a des sincérités qui sont pires que des mensonges. » Car le langage, l’écriture, ne sont pas seulement les moyens que nous avons d’exprimer nos doutes, notre désarroi, nos révoltes. Ils sont, j’en suis sûre, quelque chose qui en sait ou qui en dit plus de nous que nous. »

L'Étranger, BD de Jacques FerrandezL’adaptation est fidèle, à peine stylisée. Si le verbe manque aux amoureux de Camus, le dessin, le rythme et les couleurs de Ferrandez ajoutent quelque chose au récit en mettant les personnages sous une lumière implacable. L’ombre mortifère de la société coloniale qui a enfanté Camus et son personnage s’abat sans prévenir sur le lecteur et l’emprisonne au fil des pages. Les derniers mots de Meursault résonnent alors, comme la seule libération possible : « Pour que je me sente moins seul, il me reste à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine ».

Collection Fétiche, Éd. Gallimard, 2013 

 

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