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 Blog de Michèle Bayar

Blog de Michèle Bayar

Littérature, parutions, humeur, écriture, fiction, cinéma, jeu, mots, jeunesse, ateliers d'écriture, coaching littéraire

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« Filiation » — Nouvelle de Michèle Bayar

Journal d’une résidence au théâtre

 

 

Jeudi 17 novembre 2011 au matin

 

Arrivée hier à Montpellier, à quatorze heures, comme prévu, malgré la pluie au départ.

Cette résidence avec la compagnie Théâtr’elles à Montpellier est une plongée dans l’inconnu. Jocelyne Carmichael a été créative dans sa proposition d’adaptation de ma nouvelle Filiation : le monologue sera dit par mon personnage de l’enfant… qui aura grandi ! J’ai accepté son parti pris, impatiente de voir à quoi ressemblerait mon héroïne des années plus tard selon les Théâtr’elles, alors que je l’avais abandonnée à l’âge de cinq ans, avec pour certitude qu’elle vivrait et s’épanouirait, malgré le drame qui lui avait ravi sa famille.

 

La création du personnage est passée par nos rencontres : avec Henriette Torrenta, la comédienne, au cours du trajet, hier sous la pluie ; puis avec Jocelyne dont je ne connaissais que la voix, avec Muriel Laval, qui met l’adaptation en scène, avec Sylvie Conan, comédienne elle aussi, qui, dès la première lecture, fut une présence discrète et attentive, relevant parfois d’une voix douce les passages qui lui paraissaient importants.

 

Hier à La jetée, nous avons fait connaissance et lisant et en relisant le projet d’adaptation, en changeant ou en maintenant un verbe, en riant sur mon obsession de conteuse pour le passé composé et de mon goût pour le langage familier alors que le texte initial était plus littéraire.

 

Au cours du repas du soir chez Jocelyne, puis lors de la dernière lecture, nos sensibilités se sont frottées les unes aux autres. J’ai vu mon personnage s’incarner dans les propositions et les arguments des comédiennes (car toutes l’étaient). Au moment du coucher, après avoir discuté de l’opportunité de changer le temps d’un verbe ou de supprimer une subordonnée relative, j’avais assisté à la naissance d’un personnage en pleine construction de lui-même à partir d’un passé à peine retrouvé.

 

Ce matin, les lectures ont repris dans un groupe affectivement soudé. La confiance est établie et la voix d’Henriette, un peu affectée la veille, me révèle la fragilité et les forces du personnage qui se dessine sous mes yeux – ou à mes oreilles ? – pendant que Murielle, Jocelyne et Sylvie écoutent, intervenant parfois sur tel ou tel point précis. Si j’osais me paraphraser, je dirais : ce sont des instants suspendus, hors du temps »…

 

Jocelyne a décidé que je lirai la fin du texte. Il nous est apparu que la narratrice peut retracer les événements du passé, mais qu’elle n’est pas encore à même d’évoquer le moment du drame. Ce sera donc à moi, l’auteur, de prendre le relai. J’ai eu du mal à lire mon texte à plusieurs reprises. Je n’y suis pas habituée. Mais les Théâtr’elles étaient si encourageantes que j’ai tenu bon.

 

Jeudi 17 novembre 2011 au soir

 

Hier, nous avons lu et relu jusqu’à ne plus en pouvoir. Le matin autour de la table, l’après-midi dans la salle préparée à cet effet. La première fois, Henriette a dit son texte d’une voix hachée, elle n’avait pas assez de lumière. Sylvie a opéré des réglages et le ton d’Henriette est devenu plus fluide, presque confidentiel. Jocelyne et Muriel lui ont demandé de mettre plus d’énergie. Depuis le début, toutes les trois mettent l’accent sur l’importance du denté, ce poisson mythique que promet le pêcheur.

 

Nous en plaisantons. Doit-on prononcer « dan-té » ou « denneté » ? Je suis incapable de répondre, mais je vois bien que je suis tentée de dire « dunntie ». Est-ce ainsi que Marc le nommait en tirant sur les rames vers le Cap roux lorsque j’avais quinze ans ? Je dois le lui demander.

 

Henriette n’a pas encore intégré le passage du pêcheur. Elle le raconte avec distance. Je ne sais plus si c’est Jocelyne ou Muriel qui le lui fait remarquer sans insister. Il s’agit pour le moment d’une lecture. Les comédiennes auront les jours suivants pour incarner le texte et le mettre en scène.

 

Vers seize heures trente, nous avons fait une pause. Henriette m’a montré des exercices de yoga derviche pour ma rhinite chronique. Muriel les a faits avec moi. Il fallait pencher la tête et respirer par le ventre. Après, nous avons eu un coup de pompe. Sommeil, envie d’une sieste.

 

Il est presque six heures, la lecture publique va débuter d’ici une demi-heure. Henriette, allongée sur un tapis, les jambes appuyées sur la table, poursuivait les exercices en silence. J’ai relevé mes e-mails. Des nouvelles de Marc. Pas fameuses. Plutôt mauvaises, même. Véronique se sent seule.

 

Les invités arrivent. Je range l’ordinateur et rejoins mon banc. Les lumières s’éteignent. Les projecteurs s’allument. Jocelyne nous présente et donne quelques indications sur notre travail. La salle est prête. Henriette passe sous les feux des projecteurs et commence à lire. Elle est dans une nouvelle énergie et cette fois-ci, incarne l’enfant d’autrefois avec tant de justesse que des images jaillissent en moi.

 

La mer, la barque, les dernières vacances à Aïn Franine. Marc montre le denté qu’il a pris en pêchant à la traîne. Est-ce un souvenir ? Une image que j’ai forgée à partir de l’admiration que je portais à mon grand frère ? Pourquoi faut-il qu’Henriette l’incarne avec autant de précision justement à ce moment-là ?

Je suis émue en la relayant. Après avoir terminé le texte, comme les larmes m’envahissent, je dis quelques mots au public du mail personnel que j’ai reçu, et de cette belle pêche au denté qu’Henriette vient de m’offrir.

 

La discussion qui suit la lecture est passionnante. La plupart de ceux et celles qui sont restés sont des habitués des spectacles et lectures de Théâtr’elles. Je rencontre Zohra Aït-Abbas, qui interprétera le prochain Trimono d’elles (le second des trois monologues qui composeront le spectacle).

La rencontre se poursuit autour d’un verre de beaujolais nouveau. Il est presque vingt-deux heures lorsque nous arrivons chez Jocelyne à Montbazin. Je suis épuisée. Muriel m’offre une tisane. Je monte la première.

 

Vendredi 18 novembre après-midi

 

Après l’émotion et les tensions (bénéfiques) des deux premiers jours, une fois la lecture donnée et avant d’entamer le travail de fond, chacune d’entre nous éprouve le besoin de se ressourcer. Je passe la matinée à Frontignan, je visite une maison en m’interrogeant. Vais-je déménager ? Les comédiennes se rendent à la Jetée et commencent les répétitions. Ce soir, chacune d’entre nous a quelque chose à faire de son côté. La journée sera courte. Je mets mon journal à jour en écoutant Henriette lire derrière le rideau. Muriel et Jocelyne l’interrompent, cette fois-ci. Leurs commentaires et ceux d’Henriette émaillent la lecture et la mise en espace. Le texte n’a plus de forme à mes yeux, plus de consistance à mes oreilles. Elles, au contraire, mesurent la progression du travail. Demain, je serai surprise.

 

Samedi 19 novembre, peu avant le repas

 

Hier soir, je suis rentrée avec Muriel qui avait laissé sa voiture à Montbazin. C’était plus simple pour elle puisqu’elle devait repartir vers Narbonne. Quoique… Avant de partir, elle a noté sur un cahier une demi-page d’indications que Jocelyne lui a données, mais nous nous sommes perdues quand même. À cause de la pluie ou parce que nous discutions de la richesse de notre rencontre et de la satisfaction que nous en tirions… ou peut-être à cause des deux ou tout simplement parce que je me perds toujours ! J’étais perdue, mais pas désorientée comme il m’arrive de l’être parfois. Il y avait Muriel à mes côtés, ses doutes et ses propositions d’itinéraires et notre joie de voir enfin apparaître le nom du village sur un panneau. En arrivant – j’étais la gardienne de la maison en ce début de soirée – j’ai monté le chauffage et branché mon ordinateur. Muriel est partie. Toujours sous la pluie. Une demi-heure après, elle m’a appelée, elle faisait demi-tour. Je l’ai attendue pour dîner. Nous avons pique-niqué de tielles sétoises, de jambon et d’un verre de côtes du Roussillon.

 

Puis Muriel est allée se coucher et j’ai corrigé La grotte oursu qui devrait paraître bientôt. Merveilleux correcteur, que cet Antidote. Je l’utilisais en taille réelle pour la première fois. On n’en finit pas plus avec les coquilles qu’avec la haine et les cafards… Il faut nettoyer son cœur tous les jours. À force d’entendre mon texte, je finis par le connaître par cœur ! Henriette est arrivée peu avant minuit, ravie de la conférence sur le pouvoir de la pensée à laquelle elle avait assisté. Je venais juste d’achever ma chasse aux coquilles.

 

Elle entrait quand son amie l’a rappelée. La voiture était garée à quelques pas, toujours sous la pluie. Anne avait une panne de batterie. Henriette s’est mise en quête de pinces et de quelqu’un pour aider. À minuit à Montbazin. Je suis remontée plier boutique. J’avais hâte de m’étendre. Tout de même, avant de monter dans ma chambre, je suis redescendue voir où les jeunes femmes en étaient avec cette voiture qui ne démarrait pas. Elles avaient trouvé des pinces et un dépanneur. À Montbazin et à minuit sous la pluie. Comme quoi…

 

Ce matin, j’ai fait part à Henriette et Muriel de mes impressions sur la séance d’hier. À un moment, Henriette a quasiment incarné l’enfant. On l’a vue filer à quatre pattes… Le personnage a pris dans ces instants une dimension presque inquiétante. Dans le même temps, si humaine…

Un personnage peut-il se construire en se déconstruisant ? Je suis là, mon ordi sur les genoux et je m’interroge pendant qu’Henriette met la table. Elle me dit « Tes interrogations, ce sera pour plus tard, débarrasse-moi tout ça, pour le moment, on mange ! »

 

En fait, elle et Muriel m’avaient devancée dans cette réflexion et elles en étaient arrivées à la conclusion que la fin – jugée un peu abrupte lors de la lecture au moment où la comédienne s’immobilise et que l’auteur prend le relai – pourrait montrer le personnage écrivant… se mettant à écrire.

 

Cette simple option de mise en scène ouvre d’autres perspectives : de plus en plus, le personnage envahit la comédienne et choisit d’incarner les joies liées à l’enfance. À l’opposé, celle qui dirige et son interprète choisissent de dire, de conter – puisque la voix de l’auteur se substitue à la sienne – le drame porté par la narratrice. Ce personnage poursuit dans l’âge adulte l’enfant que j’ai « mis au monde ». Soudain, j’oublie le personnage qui se construit. Il existe, bien sûr. Mais cette expression sur le visage de la comédienne, c’est celle d’un être en pleine croissance. Un être en mouvement, en devenir. Et le drame qu’elle portera toujours en elle m’apparaît comme une strate serrée sur laquelle son tronc peut s’élargir et ses ramifications pousser vers le ciel…

 

Elles me soumettent une idée pour la dernière scène. Ces inconnues se sont emparées de « mon enfant » (qui a cinq ans quand je l’abandonne) et envisagent de me le rendre adulte en train d’écrire… Est-ce de moi que l’on parle ? De l’écriture en général ? Je suis émue. Ce geste d’écrire qui clôturera – peut-être – le spectacle ne résonne-t-il pas avec l’écriture scénique ? Avec ce que les spectateurs – cocréateurs du spectacle – écriront dans leur esprit en écho avec leurs propres douleurs, leurs propres douceurs ?

 

Pendant que le hachis parmentier chauffe au micro-ondes, nous évoquons les défenestrations. Comment le sujet est-il arrivé ? La conversation se termine par un fou rire nerveux qui nous prend, Muriel et moi, et auquel se joignent les trois autres.

 

Après le repas, Jocelyne nous parle de notre expérience. Et de la sienne. Jusqu’à présent, elle a été accueil, écoute, encouragement, guide pleine de douceur et de fermeté. Elle nous a discrètement installées dans l’ardeur et la confiance. Autour du thé et du café, elle partage avec nous ses interrogations. Elle cite les deux objectifs du Trimono d’elles : mettre en présence des créatrices dans des domaines complémentaires et les faire créer ensemble ; matérialiser par cette action même le problème de la reconnaissance des femmes en terme de travail.

« Ici, nous dit-elle, on n’est pas dans un lieu de provocation ni d’humour, mais dans un espace d’acceptation : les femmes ont traversé tant de réprobations, tant de difficultés pour acquérir le droit à l’expression, qu’elles n’ont pas encore eu le temps ni l’envie de proposer un travail dans l’humour ou dans la provocation. La manière de créer ensemble, les thèmes choisis, même s’ils n’englobent pas toutes les préoccupations des femmes, vont nous permettre de nous retourner sur nos pratiques. »

Jocelyne a déjà repéré dans ce que nous vivons, ce qui peut être attribué au fait que nous sommes des femmes : l’ambiance pour commencer.

« C’est une rencontre qui se fait dans une vraie convivialité : nous sommes des convives… »

Elle a écarté le mot « douceur », prononcé celui « d’ouverture ». Toujours avec cette hésitation qui accepte sans trancher, qui accroît plutôt que de sanctionner.

Dans un milieu mixte, cela pourrait-il se faire de la même manière ? Jocelyne a constaté que les femmes et les hommes ne sont pas les mêmes quand ils sont ensemble et quand ils sont séparés. La parole est sans doute plus libre entre femmes… Chacun saurait-il trouver sa place dans un groupe mixte comme ce fut le cas au cours de nos premières rencontres entre femmes ?

 

« Hier, pendant que tu n’étais pas là, j’ai senti à un moment donné qu’il fallait que je me retire, me confie Jocelyne. Je l’ai fait. Pour revenir plus tard, bien sûr… Dans mon avancée dans le théâtre et dans la création, j’ai commencé par des actions spécifiques aux femmes, je suis allée vers une action plus large et je reviens vers les femmes à une époque où leur place dans la société est en recul. J’ai beaucoup travaillé avec Christiane Chaulet-Achour qui est plus à même que moi d’expliciter mes pratiques. Ma culture est une culture de l’émotion et de la sensation. »

 

Pendant que Jocelyne me parle, Muriel et Henriette ont repris la répétition. Je n’en peux plus d’entendre ce texte, il ne signifie plus rien pour moi. Je vais les rejoindre pour noyer cette sensation d’absurde dans l’étude de leur mode de travail.

 

Dimanche 20 novembre 2011, en fin de matinée

 

Aujourd’hui est jour de repos pour moi, en termes de conduite et d’errance entre Montpellier et Montbazin. Nous sommes toutes arrivées dans la voiture de Jocelyne. Sylvie n’est pas là, elle manque.

Hier soir nous avons été invitées à dîner chez une autre Sylvie, sœur aînée de Jocelyne. Fruits de mer, riz cantonais, chablis et fraises séchées, autour de la cheminée.

 

Sylvie habite dans le cœur médiéval du village. On n’atteint son « chez-elle » qu’après avoir passé un porche voûté. Elle nous accueille et nous embrasse sans façon, en disant qu’elle pensait vaguement que nous étions trois Algériennes. D’entrée, le ton est donné. Humour et provocation de sa part, auxquels Jocelyne répondra avec calme et authenticité.

 

Leurs rapports me rappellent ceux de mon frère et de ma sœur aînés, séparés par moins de deux ans. Le discours de l’aîné, portant un regard définitif et féroce sur la vie du plus jeune, je connais ! Ce qui me trouble, c’est que les deux sœurs semblent conscientes l’une et l’autre de l’ambiguïté de leurs rapports, elles en jouent et orientent la conversation vers des souvenirs complices qui font apparaître la grande affection qui les a liées et les lie encore.

 

Les bûches se succèdent dans la cheminée. La pluie a repris. Henriette, Muriel et moi buvons l’atmosphère chaleureuse que les Carmichael nous offrent sur fond de règlement de compte amiable. Hier soir, c’est nous qui étions au spectacle.

 

Ce matin fut aussi un grand moment, dans un autre genre : au départ, Jocelyne est montée dans le village avec son Kangoo pour nous faire voir le château. Il a fallu repartir en marche arrière. Un propriétaire est intervenu pour nous aider. Il a commencé par dire à Jocelyne qu’elle faisait n’importe quoi et a déclaré qu’il était chauffeur de poids lourd, ce qui lui donnait sans doute le droit – pensait-il – de lui faire un cours sur la direction assistée, avant de prendre en main les opérations de guidage (Muriel qui s’y collait a été renvoyée sans autre formalité).

 

Nous avons envisagé d’écraser l’intrus, mais, comme il guidait tout de même efficacement, peut-être seulement après avoir écouté ses conseils. Puis nous y avons renoncé. Peut-être, un jour, un sketch naîtra-t-il de ce moment qui nous a fait rire aux larmes dès le matin ?

 

Le dimanche à Montpellier, dans le quartier de la Jetée, il n’y a pas beaucoup de commerces ouverts. Jocelyne m’a déposée place Saint-Denis, à côté du Dôme, et je suis partie en chasse pour trouver de quoi manger. Je m’en suis tirée honorablement en rapportant un poulet (tout cuit et découpé !).

À présent, j’écris tandis qu’elles avancent dans la mise en scène. La pression monte chez les Théâtr’elles. Il faut qu’elles aient fini demain parce que nous aurons la visite de la metteuse en scène du prochain groupe.

 

La fin m’inquiète un peu. Je vais devoir écouter les conseils de Muriel pour entrer en scène. Pas moyen d’y échapper. Jocelyne a décidé que l’on verrait les auteurs et elle trouve sympa que je conte la partie la plus terrible de l’histoire. Sur le principe, j’agrée : l’horreur, il vaut mieux la dire avec des mots doux pour en faire un souvenir supportable, une strate… Dans la pratique, si on m’en dispensait au profit d’une voix off, cela ne me dérangerait pas du tout.

 

Lundi 21 novembre 2011

 

Nous allons bientôt nous quitter pour nous retrouver en janvier. Pour retravailler la pièce, pour la présenter le 20. J’essaierai d’y être. Et de revenir aussi pour la présentation des trois spectacles, le 28 janvier. Comme Henriette, j’aimerais que nous passions les premières pour mieux profiter des autres spectacles, mais rien n’est gagné ! C’est sur d’autres critères que Jocelyne organisera la soirée, certainement autour de la logique du déroulement qui sera le plus confortable au public.

 

En attendant, je demande à chacune quel mot elle choisirait si elle devait évoquer cette résidence en un seul mot.

 

Pour Henriette, ce serait « partage » : de tout, sur scène des différentes visions de ce que disait le texte, de moments conviviaux, d’expérience, le soir avec le public…

 

Muriel choisit « visages » : ceux des partenaires, ceux du public, si différents les uns des autres et le visage d’Henriette qui changeait au fil des répétitions. Les nôtres aussi, le sien peut-être…

 

Sylvie parle de « multiplicité » : elle voit l’expérience comme un réseau de connexions, des ramifications, quelque chose qui circule des unes autres et qui ouvre chacune à un nouveau regard.

 

Jocelyne n’hésite pas : « La jetée », bien sûr : ce lieu qui relie la terre à la mer, deux éléments qui sont très différents. La jetée est un « entre-deux ». On y va, on en revient. C’est un lieu ouvert.

 

Pour moi, ce sera le mot « parfums » : celui de la pluie sur nos cheveux et sur nos vêtements, l’odeur du tapis de coco dans l’antichambre de La jetée, celle de la cheminée, celle du café dans la vieille maison de Montbazin et, surtout, l’essence subtile des présences conjuguées dans des conversations passionnées ou dans le silence.

 

Michèle Bayar, le 21/11/2011

 

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