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 Blog de Michèle Bayar

Blog de Michèle Bayar

Littérature, jeunesse, ateliers d'écriture,cinéma, humeur

Publié le par Michèle Bayar
Publié dans : #littérature

nuages--50--.JPGTout au début, il y a ce moment où, enfant encore, je me détache du mécanisme de la compréhension. Pour la première fois, je suis happée par la narration et je découvre avec une joie ineffable, une frayeur délicieuse et une révolte passionnée, tout un pan de monde jusque là inconnu. Ensuite, forte de cette découverte, j’investis les lieux, je les aménage sans vergogne à ma convenance et j’invente des histoires avec ce que le livre vient de m’apprendre. Le début d’un jeu et peut-être d’un « je ».

 

Cette lecture-là n’a d’autre objet que de vivre d’autres vies dans d’autres univers. Les vivre sans danger. En tout cas, on veut le croire. Le pouvoir de refermer le livre à tout moment est grisant. On peut se laisser aller à la terreur ou à l’illumination, à la chaleur des retrouvailles lorsque l’on connaît déjà l’auteur, à la plongée dans un inconnu glauque, voire même interdit.

 

Le livre semble passif. Erreur. Il attend mon immersion volontaire et aventureuse pour m’accrocher, me retenir, guider ma quête de plaisir vers de secrets apprentissages dont le chemin infini traverse l’inépuisable richesse de la langue. Il me rend ensuite à moi-même, parfois un peu brusquement, parfois avec la tête qui tourne, toujours agrandie de quelques points de vue, donc porteuse d’une géographie plus large.

 

En étudiant l’anglais – j’étais déjà adulte – j’ai appris par hasard que le livre me laissait également des joyaux en dépôt sans que je m’en aperçoive. L’océan ne va pas sans galion et l’île sans trésor. Un contrôle, qui me confirma plutôt mauvaise à l’oral, me fit découvrir que je possédais sans le savoir un vocabulaire important comparé à mon niveau de pratique.

Et pour cause ! Comme je n’aimais pas la conversation et que l’étude du manuel m’ennuyait, je lisais des ouvrages bilingues, m’entraînant à lire d’abord le récit en anglais avant de me pencher sur la version française.

Autant dire que j’ai souvent réécrit l’histoire ! La confrontation avec la traduction était rude. Somerset Maugham et Saki se prêtaient magnifiquement à l’expérience. Kipling était formidable mais c’est avec lui que j’ai fait le plus de contresens. Curieusement, j’ai eu plus de mal avec Roald Dahl que j’adore en traduction française. Et pourtant, le vocabulaire m’est resté…

 

Le livre fut mon premier lieu de vie, la lecture ma première forme d’écriture, de projection de mon être intime aux confins des émotions, des idées, des sentiments. C’est par le livre que j’ai appris et que j’apprends encore ma géographie intérieure et celle du monde. Aujourd’hui, les deux sont pour moi indissociables et le livre est une passerelle qui les relie.

De l’exploration sans danger de la lecture à celle plus périlleuse de l’écriture – on risque de s’y perdre et aussi de s’y trouver ! – je déchiffre et je défriche des chemins pour moi inconnus jusqu’au moment où l’effort, le plaisir, la révolte ou l’épouvante me conduisent jusqu’à un col ouvrant sur un nouvel horizon. Me croyant sur le toit du monde, je m’arrête alors, éblouie, pour le contempler. Puis je reprends mon chemin de lecture et d’écriture, en quête de nouveaux émerveillements.

 

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TITIVILLUS 01/04/2010 15:40


J'ai pris plaisir à parcourir ton blog !

Pour ma part je m'intéresse au langage des sphères du livre et de l'écrit et certains mots étant absents ou mal définis dans les dictionnaires classiques je les ai listés sur mon blog en y
intercalant quelques résultats de recherche ....tu y sera le bienvenu et peut-être as tu quelques réponses

Cordialement

Titivillus


Michèle Bayar 02/04/2010 09:18



Merci Titivillus, j'essaie d'accéder à ton blog, comme tu le sais si tu as parcouru le mien, je ne suis pas encore une virtuose du surf virtuel !



Gerard CLAMENS 30/03/2010 21:08


La victoire du livre au lit


Au lit, c’est le thermomètre du couple...

Au début, il n’existe presque pas ; délaissé, quelques fois il est parcouru à quat’zieux vit’ fait, les mains des lecteurs tentées puis occupées, il se retrouve éjecté par terre, effeuillé, peu
importe s’il est ébouriffé, il y a hot chose à faire de toute urgence...

- Tiens écoute, je te lis ça, mais non, écoute c’est bien, arrête, mais... non... un instant arrête... humm, c’est bien... ah, mon amour... tu es fou arrête...

- Attends, attends un peu, je fini cette page, je termine, ce n’est pas long...
Puis, il se retrouve délicatement posé, avec le marque-page.

- Bon, je pose mon livre, si t’as fini on éteint, je suis crevé ce soir... bonne nuit mon amour...
- hummmpuff, je m’endormais, qu’es-tu dis... oumf, c’est ça oui... onnuit...

Puis de plus en plus gros, il prend de la place, éclairé par une seule veilleuse, les lunettes sur le nez, dans la nuit calme des insomnies, il reste comme une fenêtre ouverte sur le monde...
Tiens, cette nuit, c’est une larme qui sur lui vient de tomber ; une main ridée l’a caressé, délicatement, sur la peau de la couverture, en le fermant.

(j'avais, un soir de solitude au lit, écrit ce petit texte... que je permets de vous faire parvenir. Avec mes remerciements et mes cordiales salutations)


Michèle Bayar 30/03/2010 21:19



Et voilà, partant de la lecture d'autres géographies, on en revient à l'écriture et au livre. Quid des livres érotiques ?



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