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 Blog de Michèle Bayar

Blog de Michèle Bayar

Littérature, jeunesse, ateliers d'écriture,cinéma, humeur

Publié le par Michèle Bayar
Publié dans : #littérature
Un coup de coeur !

Un auteur, une écriture, un personnage…

Je le découvre bien tard, Léon Garfield n’est plus. Petit crampon, son héros de La rose de décembre demeure et s’accroche à la vie de toute la force de son corps et de son âme : dans les conduits de cheminée (au début du livre, il est ramoneur), aux voix qui montent jusqu’à lui et qui lui apprennent le monde, à l’amitié qu’il porte à Tom Gosling le marin. Et pourtant, rien n’est gagné au départ :

« Petit crampon était autant à l’étroit dans l’obscurité qu’un noyau de prune. Il faisait aussi noir à l’intérieur de sa tête qu’à l’extérieur ; ses yeux ne lui étaient d’aucun secours et de toute façon il était bien trop paresseux pour les ouvrir. C’étaient ses doigts, ses coudes et ses genoux qui lui signalaient où il se trouvait (…).

On le voit roublard pour éviter les coups, plein de courage et de générosité face au bon Tom Gosling qui lui offre une place dans la société. Lorsqu’il revient chez le ramoneur qui l’exploitait, le nouvel occupant de son ancienne paillasse « n’était guère plus gros qu’une allumette noire qu’on aurait dotée de deux yeux. (…) À la vue du jeune ramoneur qui avait réussi à monter si haut (Petit crampon décrassé, vêtu convenablement et accompagné de Tom Gosling), les yeux d’Élie devinrent énormes en se remplissant d’espoir et d’émerveillement. » C’est le tour de force de Leon Garfield ! Tout au long du roman, il fait jaillir l’espoir au cœur de situations terribles. On espère qu’Élie trouvera lui aussi un jour la force et l’occasion de fuir cette vie misérable. Les passages où l’inspecteur de police recolle son papier peint qui refuse de tenir au mur constituent sans doute la plus british des métaphores. L’image du voyou heureux d’aider la police en commettant des meurtres commandés par l’inspecteur est ahurissante. On est pris à la fois par l’horreur et la compassion.

Lorsque vous lirez « La rose de décembre », vous oublierez ses péripéties pour suivre chacun des personnages dans sa grandeur et la noirceur de son âme. Sans jamais quitter son parler populaire et imagé, Petit crampon - alias Leon Garfield - nous emmène à travers les méandres d’un monde sombre et cruel jusqu’aux beautés de la nature humaine. Un livre troublant qui peuple d’ombre nos fantasmes et nous éclaire comme la lueur d’une veilleuse.

Léon Garfield est un auteur britannique de romans historiques pour la jeunesse et adaptateur de Shakespeare à la télévision. Plaçant ses romans dans la fin du XVIIIe et du XIXe, il nous met aux prises avec la noirceur des villes et de certains cœurs et la grandeur innée de la nature humaine. Un de ses meilleurs romans, « La rose de décembre », est paru en folio Junior en 1990.

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